Je lui avais demandé de voir le sauna. Nous sommes en Dalécarlie, au cœur de la Suède, il y a forcément un sauna. En plus, elle m'en avait parlé, quelques semaines auparavant, alors qu'on servait au bar de Kalmar Nation. Celui ci se trouve dans une dépendance, vieille grange ou étable, servant aujourd'hui de rangement, garage, atelier. Le sauna est un sauna électrique, pas à bois. Et assez petit par rapport à ceux de Flogsta.

Son père était dans l'atelier. Un passioné de belles choses anciennes et de bricolage. On voit des travaux de menuiserie en cours. Passioné, disais-je, il me montre aussi le système de chauffage de la maison. Un système triple, solaire, à combustion à bois et à fuel. Un gros truc avec redondance et tout lors des hivers rudes. Le bois est automatiquement laminé en copeaux depuis le dépôt dans le grenier puis soufflé dans la chaudière. Tout ça, uniquement lorsque l'énergie solaire ne suffit pas. Ce qui ma foi, doit arriver assez souvent en hiver.

Là, dans le débarras, un vieil objet tout poussiéreux tape dans l'œil de Maria. Un objet assez énorme, 70cm de large, 40 de haut, 20 de profondeur. Un gros pavé. Un ghetto-blaster. Un énorme ghetto-blaster, avec des énormes hauts-parleurs. Une lueur dans ses yeux.

On sort alors le monstre, on le dépoussière. Elle me dit qu'elle n'a plus de musique dans sa chambre, depuis qu'elle étudie à Uppsala, et que ça pourrait servir à égayer sa chambre. Des hauts parleurs énormes, je le disais, des autocollants allant du jaune au rouge. une rangée de loupiottes réagissant au volume. À la manière du tableau de bord de Kitt, de K2000. Très très kitsch fin 70 début 80. Vu la taille et le look, je suis quand même un peu sceptique pour la fonction "égayer la chambre". Plein de boutons et plein de fonctions. Double K7 double vitesse. Radio AM/FM, entrées micro/karaoke. Equalizer 12 bandes. Reste à savoir s'il fonctionne.

On branche, on essaie. Pas de loupiottes au départ, aucun son. On bouge un peu le fil, et là miracle! de la vie. Ce n'était qu'un faux contact. Pour le tuner, on a cherché des stations de radio. Les lecteurs de K7. Poussifs. Un seul fonctionne. Peut être qu'on pourra utiliser un adaptateur K7-jack pour y brancher un ordinateur ou un lecteur de CDs. Ça marchouillote, il faut mettre le son à fond, et ça grésille. Mais ça marchouillote. C'est là qu'on voit une entrée ligne, prise phono et tout. On essaie, c'est magique, ça marche (après trente six manipulations pour trouver quel bouton correspond à quelle entrée)!

Maria est une Kalmariter, je demande alors si elle a un tourne-disques. Oui! et elle a plein de disques aussi. On branche alors la platine au monstre, via quand même un préampli RIAA. Tout fonctionne bien ! Il faut alors écouter quelque chose, quand même. J'ai le droit de choisir lesquels! Le premier, Leonard Cohen. Un vrai rituel: lever la vitre en plexiglas. Mettre la galette noire sur la platine. Lancer le moteur et mettre religieusement le diamant sur le bord extérieur du disque... Nico, qui sans les Velvet Underground, a une musique qui décidément a bien mal vieilli. Les Beatles, un classique. Et puis Leonard Cohen, qui lui n'a pas vieilli. On a bien passé du temps à écouter ces vieilleries, verre de Bordeaux à la main, que j'avais acheté sur le bateau revenant d'Estonie. Du Bordeaux français, precis (je ne fais pas encore confiance, peut être à tort, au vin venu d'ailleurs...). Fin de soirée sur une île au milieu d'un grand lac au milieu des forêts suédoises.

C'est décidé, en rentrant, je me trouve une platine vinyl. Obligé.

High Fidelity

Voilà. Merci Yan !