Au tout début, l'homme et la femme étaient à l'état de bisounours. Les gens se faisaient confiance. Les portes des maisons étaient toujours grandes ouvertes, on partageait volontiers son accès wi-fi, et il était courant de partager les machines à laver, les cuisines et réfrigérateurs, car c'était plus commode et moins couteux.

Mais le ciel s'assombrit un jour. Une bouteille de lait anonymement empruntée, une paire de chaussettes disparue, un réseau abusément utilisé, une maison dépouillée.

Et depuis, la société a été profondément modifiée. Portes fermées à clé, alarmes activées, pare-feux obligés, réseaux chiffrés, restreints et surveillés. Chacun son réfrigérateur et sa machine à laver.

Et ces derniers sont couteux, bruyants, et sous utilisés. Et l'informatique redevint obscure et compliquée. Les maisons devinrent moins accueillantes. Et l'on perdit en commodité, et l'on perdit en liberté.

À la place, un monde où l'on est en sécurité. Ou plutôt où l'on est sécuritaire. suspiscion, peur, paranoia. Où l'on a perdu confiance.

Quand un jour on visite un endroit encore à l'état de bisounours que l'on se rend compte que c'était bien. Et que cette évolution est subie la plupart du temps imperceptiblement.

J'ai connu récemment une maison où la clé était volontairement mise près de la porte. On peut se permettre d'oublier ses cléfs, de laisser les autres habitants de la maison de ne pas s'en soucier. J'ai connu des endroits où la machine à café était librement disponible, avec moult sucreries et barres chocolatées, où chacun se faisait confiance pour réapprovisionner le pot commun. On se fait confiance, on fait confiance à la société, et la société nous le rend bien. Ce n'était pas en France.

Peut on revenir en arrière ? [1]

Une fois n'est pas coutume, l'auteur vous propose l'image d'une scène de tranquillité pour garder un karma équilibré

Peace and quiet

Peace and quiet ; photo prise à Vienne en mai 2008

Notes

[1] tout n'est cependant pas perdu, il existe encore plein d'ilôts de bisounoursisme