Gyllene Tider
Par Alexandre le mardi 14 octobre 2008, 00:02 - Lien permanent
Au tout début, l'homme et la femme étaient à l'état de bisounours. Les gens se faisaient confiance. Les portes des maisons étaient toujours grandes ouvertes, on partageait volontiers son accès wi-fi, et il était courant de partager les machines à laver, les cuisines et réfrigérateurs, car c'était plus commode et moins couteux.
Mais le ciel s'assombrit un jour. Une bouteille de lait anonymement empruntée, une paire de chaussettes disparue, un réseau abusément utilisé, une maison dépouillée.
Et depuis, la société a été profondément modifiée. Portes fermées à clé, alarmes activées, pare-feux obligés, réseaux chiffrés, restreints et surveillés. Chacun son réfrigérateur et sa machine à laver.
Et ces derniers sont couteux, bruyants, et sous utilisés. Et l'informatique redevint obscure et compliquée. Les maisons devinrent moins accueillantes. Et l'on perdit en commodité, et l'on perdit en liberté.
À la place, un monde où l'on est en sécurité. Ou plutôt où l'on est sécuritaire. suspiscion, peur, paranoia. Où l'on a perdu confiance.
Quand un jour on visite un endroit encore à l'état de bisounours que l'on se rend compte que c'était bien. Et que cette évolution est subie la plupart du temps imperceptiblement.
J'ai connu récemment une maison où la clé était volontairement mise près de la porte. On peut se permettre d'oublier ses cléfs, de laisser les autres habitants de la maison de ne pas s'en soucier. J'ai connu des endroits où la machine à café était librement disponible, avec moult sucreries et barres chocolatées, où chacun se faisait confiance pour réapprovisionner le pot commun. On se fait confiance, on fait confiance à la société, et la société nous le rend bien. Ce n'était pas en France.
Peut on revenir en arrière ? [1]
Une fois n'est pas coutume, l'auteur vous propose l'image d'une scène de tranquillité pour garder un karma équilibré
Peace and quiet ; photo prise à Vienne en mai 2008
Notes
[1] tout n'est cependant pas perdu, il existe encore plein d'ilôts de bisounoursisme


Commentaires
À noter que les actions "nuisibles" ne sont pas forcément réelles, mais juste parfois du "peur de". Genre "j'ai entendu dire qu'on pouvait faire plein de trucs mal avec ma connexion, et comme je suis responsable, j'ai supprimé le hot spot".
L'évolution bisounours ou pas n'est pour moi ne provient pas que de la volonté des gens, j'aime bien d'ailleurs le nom de cette manifestation que je trouve très bien choisi : https://linuxfr.org/2008/10/10/2458...
Cette fois c'est le principe de précaution qui s'applique, celui qui dit grosso modo que tant qu'on vit longtemps, on s'en fout de mourir d'ennui et de solitude. Ça me rappelle FreeRangeKids, le site des gens qui essaient d'élever leurs enfants sans les couver et qui se font insulter par d'autres parents parce qu'on ne sait pas ce qui peut leur arriver, à ces gosses qui se rendent tous seuls à l'école. (Ceux qui s'y rendent en voiture avec leurs parents, c'est bien, on sait : un accident de voiture, c'est tellement plus probable qu'un kidnapping.)
Je suis très fière d'annoncer ici que notre nouvelle machine à espresso (une beauté par ailleurs) est en accès libre, de même que la café et les chocolats ou cookies qui vont avec, oui monsieur, aux zétatzunis, nous nous faisons confiance pour partager les dépenses (et nous n'envisageons même pas que les femmes de ménage mexicaines qui utilisent la même cuisine se servent sans participer, alors que tout le monde sait bien que les mexicains sont paresseux, menteurs et voleurs).
(commentaire rétabli, suite à l'explosion du serveur qui a eu lieu hier)
Hé hé, je ne sais pas si tu savais, mais à Uppsala, à la pedagogiska Institutionen dans Sturegatan, le café était gratuit. =)